Dans mes jeunes années, avant même d’être apiculteur, j’étais amoureux de ces grands espaces couverts d’une flore si riche, diversifiée comme nulle part ailleurs, et si odorante. Devant une telle munificence floristique, j’ai toujours eu une nostalgique pensée pour nos ancêtres qui, depuis la préhistoire jusqu’à il n’y a pas si longtemps, ont défriché, à la sueur de leur front, la forêt primitive pour transformer ce désert vert en un pays « où coulait le lait et le miel ».

Défricher était, autrefois, courageuse vertu. Transformer une garrigue en forêt me rappelle une malédiction biblique : « je détruirai sa vigne et ses figuiers…et j’en ferai une forêt » (Osée II 12). Devant une telle entreprise (certes de bonne foi) de destruction de nos garrigues à romarin, thym, dorycnium, lavande…et des maquis à la flore bien différente et tout aussi précieuse, tous les apiculteurs vivant et amoureux de ces richesses, doivent se mobiliser pour défendre leur gagne-pain : notre flore unique au monde.

Préserver la flore sauvage, au moment où les apiculteurs en zones de grandes cultures connaissent tant de problèmes de pesticides, alors que toute l’Europe est importatrice de miel, devient d’une actualité majeure.

Bien sûr, il y a place pour la forêt et la pinède. Elles seront protégées des incendies par les espaces de garrigues peu vulnérables et où les feux sont facilement maîtrisables.

Certes, il faut être bien optimiste pour espérer une prise de conscience afin de préserver ce milieu exceptionnel… À nos romarins, on préfère le vulgaire pin d’Alep… On maltraite et on brûle l’amandier couvert de fleurs…On plante le triste cyprès dans le fertile potager et le résineux dans le verger aux fruits délicieux. Serait-ce malédiction moderne ou regrettable égarement ? Gardons l’espoir… éternelle Pandore.

Quelques mots encore sur la garrigue des Corbières

Le Moulin de Boysède, une histoire de miel et de garrigues à Lagrasse, dans les Corbières
On ne peut pas parler de l’Aude sans évoquer la garrigue qui chante aux accents du Midi de la France. Et on ne peut pas parler de garrigue sans évoquer nos Corbières. La garrigue des Corbières est très connue : si c’est le milieu le plus répandu en terrain méditerranéen, il est particulièrement présent dans la partie Est des Corbières, sur le Littoral audois et dans le Minervois.

Quelques autres mots sur le Moulin de Boysède

Après avoir valeureusement servi d’usine à plâtre, de moulin farinier, de fabrique de récepteurs radio (sisi, parfaitement), le Moulin de Boysède est surtout réputé depuis des décennies pour sa vente de différents miels issus de la riche flore des maquis et des garrigues des Corbières, ainsi que pour sa production familiale d’huile d’olive.

Comme souvent les moulins, Boysède a une histoire vieille de plusieurs centaines d’années… Il est, en fait, contemporain de l’abbaye de Sainte-Marie-d’Orbieu. Lisez plutôt cet épisode du moulin, conté dans l’ouvrage “Gesta Karoli Magni”, manuscrit se trouvant à la Bibliothèque Nationale :

“Charlemagne, en personne, aurait donné cet emplacement à l’architecte Robert, son “Magister Lapidorum”, pour y construire un moulin. Or Robert fut tué au siège de Narbonne quelques temps après. Profitant de ce malheur, Synifred, Abbé du monastère, confisqua le moulin et emprisonna la veuve et ses deux fils. Dès qu’il apprit ce forfait l’Empereur, soulevé de colère, accourut à l’abbaye et trancha la tête de Synifred : L’Empereur à la barbe fleurie voulut démontrer par cette justice exemplaire et cruelle qu’il était le chevaleresque et impérial défenseur de la veuve et de l’orphelin”.

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