Avant que j’oublie…

A 17h00, entrée libre et gratuite

Avant que j’oublie
Il y a d’un côté le colosse unijambiste et alcoolique, et tout ce qui va avec : violence conjugale, comportement irrationnel, tragi-comédie du quotidien, un « gros déglingo », dit sa fille, un vrai punk avant l’heure. Il y a de l’autre le lecteur autodidacte de spiritualité orientale, à la sensibilité artistique empêchée, déposant chaque soir un tendre baiser sur le portrait pixelisé de feue son épouse ; mon père, dit sa fille, qu’elle seule semble voir sous les apparences du premier. Il y a enfin une maison, à Carrières-sous-Poissy et un monde anciennement rural et ouvrier.
De cette maison, il va bien falloir faire quelque chose à la mort de ce père Janus, colosse fragile à double face. Capharnaüm invraisemblable, caverne d’Ali-Baba, la maison délabrée devient un réseau infini de signes et de souvenirs pour sa fille qui décide de trier méthodiquement ses affaires. Que disent d’un père ces recueils de haïkus, auxquels des feuilles d’érable ou de papier hygiénique font office de marque-page ? Même elle, sa fille, la narratrice, peine à déceler une cohérence dans ce chaos. Et puis, un jour, comme venue du passé, et parlant d’outre-tombe, une lettre arrive, qui dit toute la vérité sur ce père aimé auquel, malgré la distance sociale, sa fille ressemble tant.
Cet ouvrage a reçu le prix Envoyé par la Poste 2019.

Anne Pauly est née en 1974 en banlieue parisienne. Elle vit et travaille à Paris.

La presse en parle
« Ce livre une succession de choses terribles, absurdes et rocambolesques que j’ai mises à distance en y ajoutant un peu de rigolade, sans trop esquiver la torsion du cœur », résume Anne Pauly… Avant que j’oublie est un roman de la maturité, libre et tenu, teinté d’oralité. Un texte universel qui fait, presque à coup sûr, venir les larmes. « Tout nous blesse en permanence mais on n’a jamais le droit de pleurer. En écrivant, je me suis offert le temps qu’on ne s’accorde pas d’habitude après la mort d’un proche, et je l’ai offert à d’autres », dit-elle. Avec une infinie tendresse, elle décrit les gestes de la narratrice pour ce père unijambiste, ce « gros déglingo » qui, avec l’âge et la maladie, ne s’embarrassait plus de rien. Sophie Joubert, L’Humanité, 23 Août, 2019.

D’où peut venir la grâce, alors ? D’un fou rire pendant une homélie. D’une ­lettre providentielle confirmant tardivement la tendresse d’un père qui n’a ­jamais su l’exprimer. D’une pie blessée que le frère et la sœur soignent au bord d’un fossé. De l’espoir que laissent « l’amitié, l’amour et peut-être la musique et la littérature ». Peut-être ? Sûrement. Lisant Anne Pauly, j’ai pensé aux mots de Georges Perros : « La vie ne ressemble à rien. La littérature ressemble à rien. » Le beau titre, Avant que j’oublie, pourrait en effet servir d’épigraphe au geste même d’écrire, de mettre des mots sur la mort : car cette phrase incomplète qu’est la vie, c’est la littérature qui seule l’achève et lui permet de s’envoler comme un oiseau guéri. Camille Laurens, Le Monde des livres, 5 octobre 2019.

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