Les Péplums avec Marie-Pierre Duhamel
et Jean-Louis Comolli

Le genre populaire que nous appelons péplum et les Américains sword and sandals, invention européenne des débuts du cinéma immédiatement importée par les studios hollywoodiens, n’a cessé d’être, jusqu’aux années 50 et 60, puis à sa résurgence des années 2000, un lieu d’inflation spectaculaire, que ne lui disputent que la science-fiction et les super-héros.
L’Antiquité et en particulier l’histoire de Rome vues par Hollywood est moins affaire d’archéologues et d’historiens que d’opéra, de romans populaires et de tableaux pompiers du 19e siècle. Elle n’est rien sans le spectacle de la «grandeur» et donc de ses monuments. Temples, arènes et forums doivent stupéfier le spectateur et prendre sur son désir de voir le pouvoir que certains attribuent aux monuments de
l’Antiquité. Le «toujours plus» est l’argument publicitaire majeur des studios. Mais qui peuple vraiment ces monuments, qui est au centre de ces arènes ? Des hommes. Des hommes forts. Le héros américain version Rome antique se doit d’être moralement rigoureux, mais il ne serait rien sans ses talents guerriers, sans une impeccable plastique et un sex-appeal efficace sur toutes, et tous. Qui habite ces palais, dont les intérieurs doivent plus aux fabricants de nylon et au décor baroque qu’aux spécialistes de Pompéi ? Une évidence : le cinéma qui résiste à l’asservissement de l’Antiquité par le spectacle
à l’américaine, et en travaille les textes et les figures, qu’il soit affaire de stylistes comme Cottafavi ou Comencini, ou d’expérimentateurs comme Rossellini, Fellini et Straub, ce cinéma-là n’a besoin ni de décors écrasants, ni de recyclage des signes architecturaux du fascisme – signalons ici que statistiquement, le Palazzo della civiltà italiana a surtout fasciné les décorateurs de Hollywood… tandis qu’Antigone, Plautine, ou quelque matrone au solide sens de l’humour, disent aux hommes forts la
fragilité ou la corruption de leur pouvoir.
La tragédie grecque, la philosophie morale, comme la Rome de Pétrone ou celle des classiques, s’inscrivent ainsi dans la pensée du présent. Par l’épure, c’est-à-dire par le fragment, le reste, la ruine.

Renseignements 04 68 91 46 65

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